En ce jour de Pâques, dimanche 5 avril 2026, la cathédrale Saint Jean-Baptiste a rassemblé de nombreux fidèles venus célébrer la Résurrection du Christ. Dans une atmosphère à la fois priante et joyeuse, chacun a été invité à accueillir cette annonce qui traverse les siècles : le Seigneur est vivant.

Retrouvez ci-dessous l'homélie de Monseigneur Thierry Scherrer, évêque du diocèse de Perpignan-Elne, ainsi que quelques photos.

" Frères et sœurs,

En ce jour de fête, comment ne pas communier à l’émotion de Marie-Madeleine et à sa joie conquérante lorsqu’elle court annoncer aux apôtres la nouvelle incroyable du tombeau vide ? Comment ne pas exulter avec Pierre et avec Jean qui s’en viennent à leur tour constater l’incroyable évènement : celui qu’on avait fait mourir en le pendant au bois du supplice, Dieu l’a ressuscité le troisième jour. Miracle de la Vie, la résurrection est d’abord miracle de l’Amour. C’est l’amour en effet qui a donné à Jésus la force de mourir pour le rachat de tous les hommes ; c’est l’amour qui a empêché que la mort le retienne en son pouvoir. Et c’est pourquoi, avec toute l’Église, nous voulons crier ce matin : « Rendez grâce au Seigneur : il est bon ! Éternel est son Amour ! » Ce matin, accueillant le témoignage des apôtres, nous prenons tout à coup conscience que le Mystère de Pâques constitue bel et bien le centre de gravité de toute notre existence de baptisés. Pâques est vraiment pour nous, chrétiens, la fête de l’espérance et de l’amour. Elle nous engage à vivre en ce monde déjà en hommes et femmes ressuscités.

S’il est vrai que la plupart des croyants, quelle que soit la religion à laquelle ils appartiennent, croient que l’existence de l’homme ne finit pas dans un trou, qu’elle est appelée à se poursuivre dans une vie de bonheur et de joie, l’espérance des chrétiens, elle, est singulière, et pour au moins quatre raisons essentielles que je voudrais rappeler ici:

1. Première singularité : pour les chrétiens, l’au-delà est une personne, le Christ, Fils de Dieu fait homme qui a franchi le premier les portes de la mort. Le christianisme en effet est un personnalisme. Chrétiens, nous croyons que Dieu est Quelqu’un, quelqu’un qu’on aime et qui nous aime et avec lequel chaque être humain est appelé à vivre une relation vivante. Parler du ciel, en ce sens, ce n’est pas imaginer je ne sais quel lieu invisible et mystérieux où l’homme se retrouverait après sa mort ; c’est évoquer concrètement une relation vivante entre l’homme et Dieu au-delà de la mort. Le ciel, c’est la vie avec Dieu. Et Dieu est vie parce qu'il est relation ; c'est cette relation à Dieu qui rend l'homme immortel. La résurrection est ainsi la marque d’un amour personnel que Dieu porte à chaque être humain. J’ajoute d’ailleurs que le ciel, c’est aussi la vie avec les autres en Dieu. Nous croyons à la « communion des saints », ce qui veut bien dire que l’espérance chrétienne n’est pas individualiste, elle est communautaire.

2. L’au-delà est donc une personne, le Christ ressuscité. Mais les chrétiens ont aussi ceci de particulier qu’ils croient que cet au-delà est inséparablement un au-dedans. En ce sens, ils n’attendent pas la fin de leur vie pour voir se produire l’objet même de leur attente et de leur espérance. Ils voient la résurrection se produire déjà dans leur propre vie et celle de leurs frères ; ils vivent comme si la résurrection était déjà commencée. « Celui qui croit est déjà passé de la mort à la vie », nous dit Jésus dans l’évangile. La foi chrétienne n’est pas une fuite du monde, elle ne nous fait pas planer au-dessus des nuages. Pour le dire autrement, être chrétien, ce n’est pas attendre d’être morts pour vivre, c’est vivre déjà en ressuscité, c’est accueillir jour après jour la vraie vie qui vient de Dieu pour devenir soi-même un vivant au sens le plus fort du terme. En définitive, la Bonne Nouvelle de Pâques, c’est que l’immortalité, la survie se constituent dans l’instant présent, au cœur même des rencontres que nous consentons à vivre dans la libre créativité de l’amour.

3. C’est justement la troisième singularité de l’espérance chrétienne : elle est fondée sur l’amour. Saint Jean le dit dans sa première épître : « Nous savons que nous sommes passés de la mort à la vie parce que nous aimons nos frères. Celui qui n’aime pas son frère demeure dans la mort ». C’est donc en aimant que l’on fait l’expérience de la résurrection. C’est en aimant les autres que l’on vit dans l’évènement de Pâques. Aimer, dit saint Jean, c’est « passer de la mort à la vie ». L'amour survient en effet quand l'homme ose sortir de lui-même et renoncer à soi. L’amour implique donc un événement de mort. La mort, certes, apparaît comme néant et comme processus physique de décomposition, mais elle est aussi présente dans l'amour de celui qui s'efface pour faire place à autrui, qui sacrifie son avantage personnel au profit de la vérité et de la justice. La mort est vaincue à chaque fois qu’on consent à aimer ; elle est vaincue quand on entre dans la mort avec et dans le Christ.

4. La quatrième originalité de l’espérance chrétienne concerne la dimension du corps. Et c’est vrai que si les religions, les philosophies, les systèmes idéologiques et politiques ont, tout au long de l’histoire, fait miroiter des espoirs de salut aux yeux des hommes, cela a toujours été en mutilant l’homme de sa dimension corporelle et charnelle. Et c’est ce qui fait d’ailleurs que beaucoup de nos contemporains, parmi lesquels un certain nombre de chrétiens, préfèrent croire en la réincarnation où l’importance est mise sur l’âme au détriment du corps. Le corps, dans ces croyances, n’est considéré que comme une sorte d’enveloppe jetable au gré d’existences successives que l’homme est appelé à vivre. Or le christianisme, lui, ne sépare jamais l’âme du corps. Le christianisme, ce n’est pas le déni, la négation de la chair, mais la transformation de celle-ci par la puissance vivifiante de l’Esprit. Là réside la nouveauté absolue du message chrétien. « Le christianisme a mis l’infini partout », disait Pascal. Il l’a mis jusque dans le corps lui-même. Et donc il ne s’agit pas de renier, de détruire la chair ; au contraire, il s’agit de mettre l’infini sur sa chair. C’est précisément parce que le corps est si précieux, c’est parce qu’il est appelé à vivre éternellement que notre corps est sacré et qu’il nous faut le traiter dès ici-bas comme une cathédrale, comme le temple de la présence de Dieu.

Frères et sœurs, s’il est bien vrai que la mort été engloutie dans la victoire, alors soyons les témoins convaincus et fidèles de Jésus, l’Homme Nouveau. Soyons les révélateurs de son visage en menant une vie conforme aux exigences de l’Évangile. « Tendons vers les réalités d’en haut, nous disait saint Paul, et non pas vers celles de la terre ». Comme il le fit jadis pour les deux disciples sur le chemin d’Emmaüs, le Ressuscité nous rejoint aujourd’hui sur la route. Avec Lui, partageons le Pain de l’Eucharistie. Puis repartons vers nos frères pour leur annoncer la seule Nouvelle qui soit en mesure d’apaiser leur cœur et de leur rendre l’espérance : le Seigneur est vraiment ressuscité ! Alléluia ! Amen !"

Monseigneur Thierry Scherrer.