La Flamme du Canigou accueillie à la cathédrale

Le 23 juin, à la veille de la Saint Jean-Baptiste, la cathédrale de Perpignan a accueilli la Flamme du Canigou, symbole fort de l’identité catalane.

Cette arrivée solennelle s’est inscrite dans un moment de recueillement, marqué par la célébration des vêpres.

Cérémonie de la Saint Jean-Baptiste à la Cathédrale le 24 juin

Retrouvez ci-dessous l'homélie de l'Evêque

Nativité de saint Jean-Baptiste – 24 juin 2026

"Mes amis,

Dans la vive lumière que projettent les lectures que nous avons entendues, je relèverai trois appels singuliers que Jean-Baptiste le précurseur nous adresse aujourd'hui ; trois appels ou trois défis qui me paraissent plus actuels que jamais : l'émerveillement devant la vie, la prise au sérieux de notre vocation, l'appel à la sagesse et à l'humilité.

L’émerveillement devant la vie

La naissance de Jean-Baptiste est entourée d’une atmosphère de joie qui vient de ce qu’un enfant que personne n’attendait vient de s’éveiller à la vie. Tout le voisinage s’associe à cet événement dans un concert de joie. Et l’on vient féliciter l’heureuse maman avec d’autant plus de ferveur que le couple était stérile et avancé en âge. Mais rien n’est impossible à Dieu et l’inattendu, grâce à Lui, se produit. Célébrer la joie de la vie ! Il se trouve que nous célébrons cette solennité en ces jours décisifs où la loi sur l’aide à mourir est à nouveau discutée au Parlement. L’enjeu est à ce point grave que nous, évêques de France, nous avons invité les catholiques à une neuvaine de prière pour la vie. Les paroles fortes que le Pape Léon prononça le 8 juin dernier au Parlement espagnol nous reviennent ici spontanément à l’esprit : « Si la vie cesse d’être reconnue comme une valeur fondamentale, quel avenir nos sociétés peuvent-elles avoir ? Peut-on qualifier de pleinement juste une communauté qui laisse dans l’ombre l’enfant à naître, la personne âgée, le malade, celui qui souffre en silence ou celui qui dépend entièrement des soins d’autrui ? La défense de la vie humaine n’est ni une question partielle ni un intérêt confessionnel : c’est un objectif de civilisation ». Et le Pape d’ajouter : « la grandeur morale d’une nation se manifeste avant tout dans sa capacité à accompagner, protéger et aimer les vies qui traversent la plus grande fragilité ». S’émerveiller devant la vie et la défendre jusqu’au bout, c’est le premier défi.

La prise au sérieux de notre vocation

C’est le second défi. Nous entendions en première lecture ce passage du livre d’Isaïe : « J’étais encore dans le sein maternel quand le Seigneur m'a appelé ; j'étais encore dans les entrailles de ma mère quand il a prononcé mon nom ». Même si la liturgie les applique en premier au prophète Jean Baptiste, ces paroles nous concernent, en réalité, tous et chacun personnellement. Car sur chacune et chacun, Dieu a un projet, une vocation particulière. Et quand bien même nous nous serions déjà inscrits dans un projet de vie, le mariage, le sacerdoce ou la vie consacrée, nous n’avons jamais fini en réalité d'explorer et de redécouvrir notre appel profond. Connaître sa vocation demande du temps, de l’écoute, cela passe par des retraites au désert comme Jean-Baptiste le premier l’a vécu. Dans le silence de la prière, dans la lumière d’un vrai discernement, il s’agit de convertir sa manière de vivre en cherchant sans cesse à faire coïncider sa vie avec ce que l’on pense, ce que l’on croit, ce l’on dit. C’est une question de cohérence. On le voit dans l’évangile : les foules se déplacent pour venir à Jean car elles voient que sa vie correspond à sa parole.

L’appel à la sagesse et à l’humilité

Si l’on transposait le message de Jean le Baptiste à l’époque de l’intelligence artificielle, nul doute qu’il aurait des choses importantes à nous dire. Certes, il ne parlerait probablement pas de technologie en elle-même. Son message était moral avant tout, centré sur la conversion intérieure et le devoir de justice. Mais à ce titre, il pourrait adresser à nos sociétés plusieurs interpellations vigoureuses. Il nous dirait, par exemple : « Ne confondez pas puissance et sagesse, autrement dit ne faites pas de la technologie une idole ». L’IA augmente en effet considérablement nos capacités : capacités de calcul, de création, de prédiction, d’automatisation. Mais la puissance technique ne garantit ni la sagesse morale ni la bonté. La question au fond n’est pas de savoir ce que nous pouvons faire, mais ce que nous « devons » faire. Dans sa lettre encyclique Magnifica humanitas, où il traite justement de cette question, Léon XIV évoque le « syndrome de Babel », en dénonçant la prétention de l’humanité à l’autosuffisance au risque de « sacrifier la dignité de la personne à l’efficacité (n.7). La technologie peut résoudre certains problèmes, mais elle ne répond pas à toutes les questions humaines comme le sens de la vie, celle de l’amour, de la souffrance, de la justice ou du pardon. Jean-Baptiste, qui disait de Jésus qu’il fallait qu’il grandisse tandis que lui diminuerait, pourrait rappeler les limites de toute connaissance humaine et l’importance de rester humblement conscient de ce que nous ignorons.

Que Jean-Baptiste, témoin de la lumière qu’est le Christ, témoin de la vérité jusqu’au bout nous communique son courage et sa force. Qu’il intercède pour nous afin que, malgré nos faiblesses et les difficultés rencontrées, nous tenions fidèlement le poste qui nous a été assigné, heureux de nous dépenser avec dévouement au service d’une société plus juste et plus fraternelle. AMEN."

Monseigneur Thierry Scherrer