Ce lundi 30 mars, les fidèles du diocèse se sont rassemblés à la cathédrale Saint-Jean-Baptiste pour la messe chrismale, célébration majeure de la Semaine sainte.

Au cœur de cette liturgie, la bénédiction des huiles saintes : l’huile des catéchumènes et l’huile des malades, ainsi que la consécration du saint chrême.

La messe chrismale est aussi un moment fort pour les prêtres du diocèse, qui renouvellent leurs promesses de leur ordination.

Dans son homélie, Monseigneur Thierry Scherrer a invité les fidèles à accueillir pleinement la parole du Christ : « L’Esprit du Seigneur est sur moi ; car il m’a consacré par l’onction ».

L’évêque a également souligné la croissance du nombre de catéchumènes, signe d’un véritable élan spirituel. Il a invité les communautés à reconnaître en ces nouveaux baptisés un don précieux pour l’Église et un appel à devenir toujours plus missionnaires, capables d’accueillir, d’accompagner et de faire grandir la foi.

Retrouvez ci-dessous l'homélie de Monseigneur Scherrer ainsi que quelques photos:

« "L’Esprit du Seigneur est sur moi ; car il m’a consacré par l’onction". Mes amis, au cœur de cette messe chrismale qui nous rassemble ce soir, je voudrais vous inviter à accueillir cette parole telle que Jésus nous la livre, dans la permanence de sa nouveauté, dans la force fulgurante de son actualité pour nous aujourd’hui. En quoi cet accomplissement en Jésus de la prophétie d’Isaïe nous concerne-t-il ? Pourquoi est-il si nécessaire, si important, vital même de réentendre cette parole aujourd’hui : "L’Esprit du Seigneur est sur moi ; car il m’a consacré par l’onction" ? Parce qu’elle est au fondement même de notre être de chrétiens baptisés ; parce que cette parole conditionne ni plus ni moins la véracité, la solidité, la pertinence, on dirait aujourd’hui la crédibilité du témoignage que nous sommes appelés à donner aujourd’hui encore, en 2026, dans ce monde que Dieu aime et où il nous est donné d’exister. Comprenons-le bien : cet Esprit Saint qui a investi de sa puissance l’humanité sainte de Jésus, cet Esprit qui a fait de chacune de ces rencontres une visitation d’amour, cet Esprit qui a porté l’offrande de toute sa vie jusqu’au sacrifice de la Croix, cet Esprit est le même que celui que nous avons reçu à notre baptême et notre confirmation. C’est comme Chef, en effet, que Jésus a reçu dans l’onction la plénitude de l’Esprit ; et s’il l’a reçue, c’est pour pouvoir la transmettre à chaque membre de son Corps qui est l’Église. Et cet Esprit reçu de Jésus n’est pas un Esprit de peur, mais un esprit d’audace. C’est l’Esprit qui nous envoie, avec lui et à sa suite, "porter la bonne nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, remettre en liberté les opprimés".

Vous me permettrez, cette année, de mettre l’accent sur une réalité nouvelle qui conditionne ni plus ni moins la vitalité – pour ne pas dire la survie – de nos communautés chrétiennes pour les années à venir : je veux parler, bien sûr, de la très forte hausse du nombre des catéchumènes dans notre pays. L’an dernier, déjà, ils étaient plus de 18 000, adultes et adolescents réunis, à recevoir le sacrement du baptême lors de la Vigile pascale – soit une hausse de 45 % par rapport à l’année 2024. Or cette croissance se confirme nettement en cette année 2026, avec un effectif de 21 400 catéchumènes, soit une augmentation de 20% à nouveau par rapport à l’an dernier. « Que se passe-t-il en France », se demandait tout récemment l'archevêque de Melbourne, en constatant l'ampleur du phénomène ? Et je pose sans plus attendre la question : alors que nous sommes parfois enclins à nous apitoyer sur le vieillissement de nos communautés chrétiennes, sur la précarité de nos moyens pastoraux, alors que nous peinons à renouveler les membres de nos équipes diocésaines à bien des niveaux, avons-nous réellement conscience du cadeau immense que ces nouveaux baptisés représentent pour notre Église ? Mesurons-nous véritablement l'incidence heureuse que leur présence peut avoir au sein de nos communautés ? À l’évidence, c'est le Saint-Esprit qui nous fait signe à travers leur démarche ; c'est lui qui nous les envoie, ces nouveaux venus, dans la diversité de leurs origines, de leurs itinéraires, avec la fraîcheur de leur foi !

Le décryptage que nous offrent les experts en sociologie religieuse est, à ce titre, éclairant. Pour beaucoup d’entre eux, le fait que des hommes et des femmes frappent en si grand nombre à la porte de nos communautés se décode et s’explique, en partie, en réaction au vide abyssal au plan spirituel que le progrès technologique a creusé dans nos sociétés de consommation : « L'absolutisation du bien-être n’a pas apporté le bonheur escompté », disait récemment le Pape Léon XIV. Dans un environnement souvent perçu comme matérialiste ou individualiste, beaucoup de catéchumènes découvrent dans le christianisme un idéal moral fort, une vision exigeante de la vie, une cohérence aussi entre foi et existence. C’est cela, d’abord, qui les attire. En tenant compte ici d'un phénomène nouveau : pour une grande majorité de ces catéchumènes qui n'ont pas grandi dans un environnement chrétien, le premier contact avec la foi chrétienne passe souvent par internet ou les réseaux sociaux. Ils y trouvent des contenus convaincants, sous le mode de vidéos, de témoignages, de débats théologiques ou philosophiques. Cela leur permet une découverte libre et discrète de la foi, la possibilité de poser des questions profondes et un premier contact avec la communauté de l'Église. Mais, dès lors que le numérique ne constitue qu'un premier déclencheur, il nous revient de les aider à passer de la communauté idéale (ou idéalisée) à la communauté réelle.

De là quelques défis, parmi d’autres, que le Seigneur nous appelle à relever. J’en relève essentiellement deux :

  • Le premier défi est celui de la transformation de la culture paroissiale. Clairement, l'arrivée de nombreux catéchumènes est un appel à la conversion de nos communautés : appel à passer d'une Église de maintenance à une Église missionnaire. Ces catéchumènes, en effet, sont des chercheurs de sens qu’il nous faut apprendre à accueillir pour notre enrichissement personnel tout autant que pour celui de la communauté elle-même. Il nous faut valoriser leur témoignage de conversion qui peut avoir un impact très fort sur nos communautés. Pour une communauté qui vit concrètement cet accueil et cette ouverture, le bénéfice est celui d’un décentrement d’elle-même : en se montrant moins préoccupée de son fonctionnement que de l’épanouissement de ceux qu’elle agrège, elle devient véritablement vivante ; elle offre alors un visage heureux du Corps du Christ, plus attrayant qu’une communauté fermée. C’est ainsi que les nouveaux baptisés deviennent souvent des témoins puissants pour l'évangélisation : comme ils ont moins peur – que nous – de parler de la joie qui les habite, ils peuvent tous nous entraîner par leur ferveur.

  • Le second défi porte sur les moyens à mettre en œuvre pour les accompagner. Dès lors qu'ils arrivent avec des parcours très variés, un accompagnement trop standardisé est à proscrire. Ce dont ils ont besoin, c’est d’un accompagnement personnalisé sous le mode du compagnonnage, du parrainage avec des parcours d'accompagnement structurés. D'où la nécessité de pouvoir compter, dans nos communautés paroissiales, sur des frères et des sœurs qui sauront dégager du temps gratuit pour les accueillir à leur table, aménager des espaces conviviaux de formation et de rencontres, les accompagner pas à pas sur le chemin de la foi. Si nous avons le souci de former des accompagnateurs, si nous savons adapter nos structures pastorales aux demandes de ces futurs baptisés, alors nous serons à même d'assurer leur intégration durable au sein de nos communautés paroissiales. Dans le cas contraire, il est à craindre que, dans les mois, voire les semaines qui suivront leur baptême, nous voyons ces hommes et ces femmes quitter l'Église sur la pointe des pieds et disparaître à jamais de nos écrans radars. Et ce sera pour tous une grande tristesse, une profonde déception !

Frères et sœurs, nous qui sommes ce soir l’Église diocésaine rassemblée au nom du Christ, soyons pour aujourd’hui les apôtres de l’Espérance. Avec nos frères et sœurs qui seront baptisés dans quelques jours, risquons l’aventure de la foi joyeuse et missionnaire dans la géniale inventivité de l’Esprit. Croyons que cet Esprit, qui reposait en plénitude sur le Christ Jésus, peut, aujourd’hui encore, faire en nous et par nous toutes choses nouvelles. Qu'il en soit ainsi. Amen

Monseigneur Thierry Scherrer
Évêque de Perpignan-Elne