Ce dimanche 29 mars, les fidèles se sont rassemblés à la cathédrale Saint-Jean-Baptiste de Perpignan pour célébrer le dimanche des Rameaux, qui marque l’entrée dans la Semaine sainte.
Cette journée nous a fait contempler Jésus entrant à Jérusalem, acclamé par la foule : « Hosanna ! », un cri de joie et d’espérance signifiant « Sauve-nous, Seigneur ! ».
Porter les rameaux bénis est un signe d’espérance, annonçant que la paix et la vie triomphent de la mort et de la violence.
Alors que notre monde connaît encore des conflits et des tensions, la liturgie de ce dimanche nous a rappelé que Jésus, Roi de la paix, nous appelle à devenir des artisans de réconciliation et de pardon.
Ainsi, en tenant les rameaux ce dimanche, nous avons été invités à suivre Jésus avec foi, espérance et amour, et à vivre pleinement le mystère de la Semaine sainte, jusqu’à la joie de Pâques.
Retrouvez ci-dessous l’homélie de l’Evêque, ainsi que quelques photos.
"Frères et sœurs, chers amis,
Le dimanche des Rameaux est le grand portique qui nous introduit dans la Semaine sainte, la semaine où le Seigneur Jésus s'achemine vers le sommet de sa vie terrestre, vers le sommet de l'amour. Jésus, en effet, entre à Jérusalem pour que s'accomplissent les Écritures, il monte au Golgotha où l’attend le supplice atroce du gibet, sur lequel il va faire le don total de lui-même pour la rédemption de tout le genre humain. C'est ce que nous a fait revivre l'évangéliste Saint Matthieu dans le récit qu'il nous a laissé des ultimes heures de la vie terrestre de Jésus, du dernier repas qu'il prit avec ses disciples jusqu'à son ensevelissement après sa mort sur la croix.
Pour ne pas passer à côté de l'événement que nous célébrons, pour ne pas rester étranger à la grandeur de son mystère, deux questions nous sont posées, ce matin, auquel il nous faut répondre chacune et chacun personnellement.
En commençant par celle-ci : quels sentiments nous habitent après avoir entendu le récit bouleversant de la passion de Jésus ? Sommes-nous dans le même état d'esprit que cette foule en attente de salut qui acclamait le Roi Jésus lors de son entrée dans la ville sainte : « De grâce, sauve-nous ! De grâce, libère-nous ! » ? C’est cela que signifie le mot « hosanna ». La question qui nous est posée est au fond la suivante : que signifie, pour nous, être sauvé ? Sommes-nous véritablement en besoin de salut ? Serions-nous encore dans le déni du mal que peuvent engendrer nos gestes, nos paroles, nos indifférences et nos manques d'amour ? Ou bien ressentons-nous, comme une douleur lancinante, la blessure du mal commis jusqu'à réaliser les conséquences parfois dramatiques que notre égoïsme, nos comportements irresponsables ont pu avoir sur les autres, sur la création, sur l'Église, sur le monde ? Encore une fois, les foules qui accompagnaient Jésus étaient composées de petites gens qui avaient été les témoins émerveillés des prodiges qu'il avait accomplis, qui avaient aussi en commun d'avoir été touchés par sa compassion, sa miséricorde. D’où leur ardent désir que Jésus parachève le salut promis en chacune de leur vie, qu’il y survienne comme libérateur et Sauveur : « De grâce, sauve-nous ! De grâce, libère-nous ! » Si c'est dans les mêmes dispositions que nous entrons nous-mêmes dans les célébrations pascales, c'est alors que notre hosanna sera vraiment un cri du cœur, l'expression du désir profond que Jésus vienne nous purifier de nos manques d'amour et nous rende ainsi la joie d'être sauvés.
Et puis une deuxième question : qui est Jésus pour nous ? Comment comprenons-nous l’exercice de sa messianité ? À l'heure où la religion est encore trop souvent instrumentalisée pour justifier la haine, la contemplation de Jésus faisant de la croix son trône royal est-elle à même de convertir et de purifier la violence de nos attitudes et de nos comportements ? Peut-elle avoir raison de nos querelles d’égo, de nos ambitions jamais satisfaites, de nos conflits de pouvoir ? Ce matin, nous prenons davantage conscience que suivre Jésus sur le chemin de la croix ne nous garantit pas ici-bas un bonheur facile, exempt de soucis, d’épreuves et de difficultés, mais nous introduit dans un bonheur qui ne s'accomplira qu’au ciel, dans la béatitude éternelle.
Aujourd’hui, Jésus entre à Jérusalem, ville de la paix. Il y entre pour la conquérir, pour y répandre sa paix. Notre liturgie, ce matin, se révèle plus signifiante encore à la lumière de l’actualité dramatique que nous connaissons, celle de la guerre au Moyen-Orient. Nous aimerions tant que Jérusalem « la ville de la paix » ne soit pas le théâtre d’une violence irrationnelle dont les ondes de chocs se propagent très loin alentour, à commencer par le peuple libanais, son plus proche voisin, qui en est injustement la victime. En ces temps de graves troubles, il nous faut intensifier notre prière et nos supplications : avec les sacrifices et le jeûne, ce sont les seules armes qu’il nous est permis de brandir en tant que croyants. « Ne nous habituons pas au fracas des armes, aux images de guerre ! », implorait le Pape Léon XIV hier à Monaco. « La paix n’est pas un simple équilibre des forces, (…) elle est l’œuvre de ceux qui voient dans l’autre un frère à protéger, et non un ennemi à abattre. » Que le Roi-Jésus, Prince de la paix, vienne transformer nos révoltes intérieures en gestes de pardon et de miséricorde, qu’il fasse de chacune et chacun de nous, au sein de nos familles, de nos lieux de travail, de nos espaces de loisirs, d’infatigables bâtisseurs de paix. Qu’il en soit ainsi. Amen."
Monseigneur Thierry Scherrer
Crédit photos : Philippe Duplan
