Retrouvez ci-dessous l'homélie de la nuit de Noël de Monseigneur Scherrer à la cathédrale Saint Jean-Baptiste, ainsi que quelques photos :
" Mes amis, trois mots me viennent spontanément à l'esprit pour traduire le mystère que nous célébrons ce soir : Lumière, Enfant, Sauveur.
Lumière
Vous avez entendu ce que prophétisait Isaïe ? « Pour ceux qui habitaient le pays de l’ombre une lumière a resplendi ». Ce mot de lumière ne peut pas ne pas nous toucher. Nous sommes tous, d’une manière ou d’une autre, des hommes et des femmes plongés dans la nuit. Chacune de nos vies est traversée par des inquiétudes, des doutes, des épreuves : la solitude, la maladie, le chômage, la dépression, le deuil. C’est cette nuit-là que Dieu à Noël vient illuminer de la lumière de son Amour. Car la lumière, la vraie, c’est le resplendissement de l’amour. Noël, c’est la fête qui célèbre l’amour fou de Dieu pour les hommes. Dieu nous dit que cet amour est plus fort que tout, qu’aussi égaré que soit notre cœur, Dieu est toujours « plus grand que notre cœur » (1 Jn 3, 20), que même les échecs de notre vie ne sont pas définitifs, qu’une renaissance est toujours possible. Noël nous dit que, aussi bas que nous puissions tomber, Dieu vient toujours à notre rencontre. Noël en ce sens est par excellence la fête de l’espérance. La lumière de Noël renouvelle tout, elle rend notre vie à nouveau belle et riche de sens.
Enfant
Le sourire d’un enfant qui vient à la vie, c’est cela Noël. Noël, c’est le monde entier qui se penche sur un berceau. Quand Dieu en effet vient à la rencontre de l’homme, il se laisse reconnaître à travers la fragilité d’un enfant. C’est fou quand on y pense ! Dieu est l’infiniment grand, le tout-puissant, le Créateur, et pourtant en Jésus il s’est fait tout petit. C’est tout de même extraordinaire ! On le croyait tellement loin, tellement au-dessus, si peu présent… Et il vient jusqu’à nous dans un mouvement d’abaissement incroyable que les théologiens ont appelé la condescendance de l’amour. Si Dieu était venu dans sa grandeur, dans sa toute-puissance, il nous aurait effrayés, il nous aurait écrasés. Mais il s’est fait tout petit, justement, pour mieux nous dire sa tendresse et sa proximité. Quel mystère étonnant ! « Je ne puis craindre un Dieu qui, pour moi, s’est fait si petit », disait Thérèse de Lisieux. Et elle ajoutait : « Je l'aime, car il n'est qu'amour et miséricorde ». Dieu s’est fait tout petit pour nous dire le prix que nous avons à ses yeux. Dieu s’est fait tout petit pour nous dire que nous sommes aimés de Dieu, que notre monde est aimé de Dieu. Le sourire de Jésus tout-petit illumine chacune de nos vies. Car cet enfant est pour chacun une promesse. Il nous dit :
« La paix soit avec toi ! – N’aie pas peur – Courage – Garde confiance ! »
Sauveur
C’est le cri des anges aux bergers : « Aujourd’hui vous est né un Sauveur, c’est le Christ, le Seigneur ». On l’oublie parfois, mais le nom de Jésus veut dire « Dieu-sauve ». Or sauver, justement, qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire arracher à la perdition, cela veut dire affranchir de l’esclavage de la mort et du péché. Sauver signifie encore secourir, libérer, délivrer, apaiser, délier, guérir. Autant de merveilles que Dieu aspire à réaliser en nos vies par la puissance de son amour.
Un jésuite allemand du XVII° siècle, Angelus Silesius, disait : « Le Christ serait-il né mille fois à Bethléem, s’il ne naît pas en toi, c’est ta vie qui est perdue ». Ce soir, un petit enfant nous tend ses deux mains. Cet enfant, encore une fois, est d’une fragilité et d’une vulnérabilité extrême, et en même temps il est le « Dieu fort » qu’annonçait le prophète Isaïe. Il vient au cœur de notre faiblesse pour nous revêtir de sa force. Il nous supplie de lui ouvrir la porte de notre cœur. Il nous dit :
« Si tu savais à quel point ta vie serait transformée tout entière si tu consentais enfin à m’accueillir ».
Mes amis, si nous sommes là ce soir, c’est pour signifier que Noël n’est pas simplement la fête de la consommation. La joie de Noël n’est pas emballée au pied du sapin. Elle coule comme une source de tendresse du cœur de l’Enfant de la Crèche. Elle est donc sans cesse à recevoir de notre communion à Jésus par la prière, par les sacrements, par l’amour désintéressé des autres. Alors, ne résistons pas davantage, accueillons le tout petit Jésus, force et faiblesse de Dieu au cœur de chacune de nos vies et laissons-nous envahir par la joie de Noël, source d’espérance et d’amour. Amen."
Thierry Scherrer
Évêque de Perpignan-Elne
Crédit photos : Philippe Duplan
Crédit photos : Philippe Duplan

Crédit photos : Philippe Duplan
