Ce dimanche 11 janvier, la traditionnelle Missa de Cap d'Any s'est tenue en l'église Saint-Jacques, rassemblant les membres de l’Archiconfrérie de la Sanch autour de Monseigneur Thierry Scherrer.

8 jeunes sont devenus petits frères de St Vincent Ferrier et 12 confrères et consœurs ont reçus le scapulaire.

Retrouvez ci-dessous l'homélie de l'évêque :

" Il est merveilleux de voir qu’au seuil d'une nouvelle année, la Parole de Dieu nous délivre un message de joie. Nous entendons, en effet, dans l'évangile de ce dimanche cette parole du Père concernant Jésus : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui je trouve ma joie ». Il n'est pas anodin que, cette parole, Jésus la reçoive publiquement et officiellement le jour de son baptême dans le Jourdain. C’est cette parole que je vous invite à accueillir comme une lumière pour éclairer chaque jour de cette nouvelle année qui commence.

Le baptême est une expérience fondatrice dans l'existence de Jésus. Car d’une manière unique et singulière, Jésus fait l'expérience comme homme de sa filiation divine éternelle. « Tu es mon Fils bien aimé, en toi je trouve ma joie ». Cette joie trinitaire est pure joie du don : c'est la joie d'un échange d'amour entièrement pur et totalement translucide, entre le Père qui aime le Fils et le Fils qui aime le Père ; et les deux s’aiment dans l'amour d'un troisième qui est l'Esprit Saint en personne. Pour la première fois, le Fils de Dieu, en tant qu’il s’est fait homme, s'entend dire de la part de son Père : « Tu es mon Fils bien aimé ». Et cette parole le met dans un état de jubilation absolue. C’est une expérience unique, évidemment ! On peut certes se poser la question de savoir comment Jésus a pu attendre trente ans pour accueillir cette révélation, pour accueillir cette certitude que le Père l’aimait comme son Fils. À vrai dire, le Christ est Fils de Dieu depuis toujours, et comme Fils, il est l’objet de l’amour du Père éternellement. Mais en tant qu’il s’est fait homme, en tant qu’il est venu partager notre condition humaine, c’est en solidarité avec chacun de nous que Jésus reçoit à nouveau du Père la certitude d’être aimé de lui. Et donc, nous l'aurons compris, c'est moins pour Jésus, en réalité, que la voix du Père retentit, que pour chacune et chacun de nous.

« Tu es mon Fils bien aimé, en toi je trouve ma joie ». Cette parole, oui, c’est à nous qu'elle est adressée. Comme Jésus, chacun de nous une fois baptisé a pu entendre le Père lui chuchoter à l’oreille du cœur : « Tu es mon fils, tu es ma fille bien-aimée, en toi j’ai mis tout mon amour ». Nous sommes aimés de Dieu, nous sommes l’objet d’un amour unique de sa part : voilà la bonne nouvelle que nous relaie la liturgie du baptême de Jésus. Le Père nous aime du même amour que celui dont il aime le Fils. Et cette certitude fonde notre espérance d'une manière indestructible. Si nous savons en effet que le Père nous aime, si nous le savons de tout notre être, alors notre cœur a trouvé son chez-soi. Nous sachant aimés à l’infini, nous vivons dans une harmonie parfaite, plus rien ne peut nous inquiéter, nous n’avons plus aucun souci à nous faire. C'est sans aucun doute un motif de désespérance aujourd'hui : l’homme ne croit plus qu’il est aimé. Il s’imagine être exclu de l’amour, alors que l’amour est la substance fondamentale de l’existence. Pour être arraché à cette grande tristesse, il lui faut retrouver la foi naïve de l’enfant, il lui faut redécouvrir que, comme Jésus le Fils, il est l’objet du même amour infini que lui. Expérience fondatrice pour Jésus, le baptême est donc un événement fondateur aussi pour nous. C’est un acte en effet qui touche notre existence en profondeur. Ce qui m'invite à nous poser deux questions décisives :

  1. La première : et nous, comment vivons-nous notre baptême ? Depuis le jour de notre baptême, en effet, nous sommes devenus le sanctuaire, le temple de l’Esprit Saint, le tabernacle de Dieu. C’est si vrai que l’on pourrait se promener avec un petit lumignon rouge, à côté de nous, signalant la présence de Dieu en nous. Car le baptême est le sacrement qui nous configure au Christ et fait de nous un signe vivant de sa présence et de son amour. L’onction baptismale est d’abord une grâce de conformité : être baptisé signifie ressembler à Jésus, resplendir de sa beauté d’enfant du Père, devenir saint comme lui-même est saint. Cela est vrai au plan personnel comme au plan collectif. Quand ainsi la Sanch processionne le vendredi Saint dans les rues de Perpignan, elle est signe du baptême suprême dans lequel Jésus va être plongé : pas simplement un baptême d'eau, mais le baptême de sa mort sur la croix qui est le plus grand acte d'amour de toute l'histoire. C'est dans cet amour qu'il nous est donné de vivre une vie nouvelle, de n'être plus à la merci du mal, du péché de la mort, mais d'être en communion avec Dieu et nos frères. C'est donc pour nous que la voix du Père retentit : « Tu es mon fils bien aimé, en toi j’ai mis tout mon amour. En toi ! » C’est comme si le Seigneur nous interrogeait chacune et chacun personnellement : « Que fais-tu donc de ce grand cadeau de l’amour ? C’est à toi que je l’ai donné, c’est en toi que je l’ai déposé, pour que tu en vives, pour que sa grâce renouvelle et transforme toute ton existence ».

  2. D’où la deuxième question que je pose : chrétiens baptisés, comment devenir joie de Dieu pour les autres ? Il est plus simple d'y répondre par des mots que de le vivre en réalité : car, pour y parvenir, il nous faut être généreux. Il ne faut pas nous contenter de demi-mesures, il nous faut consentir à nous engager à fond dans la vie, avec une attention particulière pour les plus pauvres. Plus que jamais, en effet, notre monde a besoin d’hommes et de femmes convaincus qui se mettent au service du bien commun. On pense au témoignage de l’apôtre Pierre dans la seconde lecture : parlant de Jésus de Nazareth, il dit : « Dieu lui a donné l'onction d'Esprit Saint et de puissance. Là où il passait, il faisait le bien ». Retenons cette dernière parole : « Là où il passait, il faisait le bien ». Dans cette puissance d'amour dont il était investi, Jésus ne pouvait que produire des actes de bonté et de miséricorde. Or, c’est dans cette même dynamique que le baptême nous introduit en réalité. Marqués du chrême du salut, nous avons reçu, nous aussi, l’onction de l’Esprit. Nous l’avons reçu non pas comme un souvenir lointain, mais comme une source d’eau vive capable à chaque instant d’irriguer notre quotidien. Ce qui signifie qu’être baptisé, ce n’est pas d’abord appartenir à une institution ; c’est consentir à laisser l’Esprit Saint façonner en nous les gestes du Christ. C'est la dimension missionnaire du baptême : si nous avons été plongés dans l'amour de Dieu, ce n'est pas pour le retenir et le garder pour nous, c'est pour le diffuser à la manière d'un parfum, c’est pour en être les généreux dispensateurs.

Alors gardons pour conclure, si vous le voulez bien, la parole suggestive de Pierre à propos de Jésus : « Là où il passait, ils faisait le bien. ». C’est le vœu que je forme pour l’archiconfrérie de la Sanch au seuil de cette année nouvelle : que partout où ils seront amenés à passer – dans leurs familles, leurs quartiers, leurs engagements professionnels ou associatifs –, que par la douceur de leurs paroles, la bienveillance de leurs regards, par des gestes empreints de compassion et de miséricorde, les frères et les sœurs de la Sanch puissent laisser derrière eux comme une traînée de lumière, la trace – ou mieux le parfum – de l’amour, de l’amour débordant de Dieu pour le monde. Qu’il en soit ainsi. Amen."

Thierry Scherrer
Évêque de Perpignan-Elne