Le mardi 19 août 2025, Monseigneur André Fort, évêque émérite d’Orléans et ancien évêque de Perpignan-Elne de 1996 à 2002, a été rappelé à Dieu.

Ce mercredi 27 août, une messe de requiem a été célébrée en sa mémoire par Monseigneur Thierry Scherrer, en la cathédrale Saint-Jean-Baptiste de Perpignan.

Veuillez trouver ci-dessous l'homélie de l'évêque.

Messe de requiem pour Mgr André FORT – Cathédrale de Perpignan le 26 août 2025

" Ce sont des deux belles lectures que nous offre la liturgie de la Parole de ce jour, à commencer par cette séquence de l'évangile de saint Luc que nous venons d'entendre. Le miracle survenu à Naïm où Jésus rend la vie au fils d'une veuve nous replace face à l'inattendu de la grâce : la puissance de Dieu fait irruption dans l'ordinaire de la vie des hommes, discrètement et d'une manière toute simple, sans faire appel aux merveilleux. En agissant ainsi, Jésus pose un acte hautement prophétique qui anticipe en quelque sorte sa victoire définitive sur les forces de la mort. Comme il est écrit également dans le livre de l'apocalypse : « Il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur ». C'est dans cette lumineuse espérance que nous vivons l'étape du rappel à Dieu de notre frère André, Mgr Fort, qui reçut la consécration épiscopale des mains de Monseigneur Chabbert, ici même, dans cette cathédrale le 9 juillet 1995, assisté de Monseigneur Raymond Séguy, évêque d’Autun, de Mgr Maurice Gaidon, évêque de Cahors.

Et puis il y a ce passage de la première lettre de saint Paul aux Thessaloniciens entendu en première lecture. Les paroles de l'apôtre tissent la trame du ministère épiscopal dont la mission est d'abord celle d'annoncer l'évangile de Dieu : par sa prédication, ses catéchèses, par les discours variés et les allocutions nombreuses qu'il est amené à faire au gré de ses déplacements ou visites pastorales, inlassablement l'évêque doit exhorter et encourager le peuple de Dieu à lui confié en puisant à la source de la Parole de Dieu la substance même de ses interventions. André Fort n’avait pas ménagé son temps et sa fatigue en ce sens. Sans aucun doute, son expérience de professeur au petit Séminaire de Rimont, d’abord, au lycée catholique de Chalon-sur-Saône ensuite, a-t-elle contribué à forger en lui ce beau charisme d’enseignement qu’il exerça de longues années durant. La grande sensibilité avec laquelle il prêchait était palpable, à certains moments. On retient volontiers de sainte Monique dont nous honorons la mémoire en ce jour les larmes qu'elle a versées abondamment pour la conversion de son fils Augustin. C'était un trait, justement, de la personnalité de Mgr Fort dont beaucoup se rappellent la grande sensibilité, pour ne pas dire l’hyperémotivité lorsqu’il parlait du Christ ou de la Vierge Marie.

Et puis saint Paul évoque le style de l'évêque, un style marqué par la paternité : « Nous avons été pour chacun de vous comme un père pour ses enfants ». On dit volontiers de l'évêque qu'il doit être à la fois le père, le frère et l'ami de tous, de ses prêtres en particulier, eux qui sont ses proches collaborateurs dans le ministère. Plusieurs frères prêtres ont témoigné de la manière avec laquelle l'évêque André Fort vivait à plein, en homme affable, sensible, bienveillant, ses relations interpersonnelles. Sans doute, là encore, tenait-il cette attention pastorale de son ministère antérieur de recteur du séminaire de Dijon et de Paray le Monial, fonction dans laquelle il a excellé et donné le meilleur de ses aptitudes de prêtre conducteur d'âmes. Comment ne pas noter, d'ailleurs, que son rappel à Dieu est survenu le 19 août en la fête de Saint Jean Eudes, un saint religieux qui consacra entièrement sa vie à la formation des prêtres.

Dans cette terre catalane, pays d’art, d’histoire et de culture, André Fort s’était attaché à valoriser le patrimoine religieux en lien avec tous les services de l’état et du département. Il aimait sa cathédrale Saint Jean-Baptiste dans laquelle il aimait convoquer le peuple de Dieu pour les grands rendez-vous de l'année pastorale. L'occasion de citer un extrait de cette lettre qu'il avait rédigée en 1997 à Madame Catherine Trautmann, alors ministre de la culture, pour solliciter son soutien dans la restauration de ce grand vaisseau qu’est notre cathédrale. Je le cite : « Je suis heureux de pouvoir vous dire mon estime et mon admiration pour les remarquables efforts accomplis par les maires de petites communes pour sauvegarder la beauté des églises de leur village et la qualité du travail accompli par l'atelier de restauration mis en place et géré par le Conseil général du département. À Perpignan, la municipalité conduit avec ténacité un plan de réhabilitation du centre-ville et de mise en valeur de superbes patrimoines gothiques qui l'ennoblit. Or, la cathédrale, au cœur de la cité, est l’irremplaçable enseigne de ce patrimoine ».
Le ministère épiscopal de Mgr André Fort était illuminé par la présence de Marie, Notre-Dame de Font-Romeu. Aussi j’ai plaisir à imaginer le sourire avec lequel la Vierge, la « portière du ciel », comme aimait l’appeler saint Jean-Marie Vianney, curé d’Ars, lui ouvre maintenant avec son Fils Jésus l’accès à la béatitude éternelle. Cher André, vous avez été un évêque estimé dans ce diocèse que vous avez aimé, vous avez exercé votre ministère tel un bon et fidèle serviteur. Puissiez-vous maintenant entendre le Seigneur vous murmurer tendrement à l’oreille du cœur : « Entre dans la joie de ton Maître. »"

Thierry Scherrer
Évêque de Perpignan-Elne