Nuit des Témoins : En mémoire des martyrs, au nom de la foi

La 9e Nuit des Témoins de l’Aide à l’Église en Détresse (AED) a terminé son tour de France à Perpignan lundi soir, lors d’une veillée de prière qui a rassemblé près de 500 personnes en la Chapelle Saint Jean Paul II. Une soirée comme un appel à aimer et à soutenir les chrétiens du monde entier trop souvent persécutés et honorer la mémoire de ceux qui ont été assassinés. Cette édition était d’ailleurs dédiée eu père Jacques Hamel, lâchement tué en juillet dernier dans son église de Saint-Étienne-du-Rouvray.

 

Des visages apaisés et souriants, comme habités par leur foi. Des noms égrenés en litanie et qui résonnent dans l’air du temps. Des portraits esquissés sur des panneaux, érigés en icônes. C’est tout ce qu’il reste des femmes et hommes assassinés pour leur conviction et leur engagement religieux. C’est le plus bel hommage que la communauté chrétienne pouvait leur rendre et c’est tout l’objet de la Nuit des Témoins. Depuis neuf ans maintenant, l’Aide à l’Église en Détresse, fondation de droit pontifical qui œuvre pour venir en aide aux chrétiens persécutés dans le monde, organise ces veillées de prières pour rendre hommage aux « martyrs de notre temps ». Lundi soir l’événement faisait étape à Perpignan, pour une grande veillée de prière à la chapelle Saint Jean Paul II, avec près de 500 personnes présentes pour honorer la mémoire des chrétiens assassinés et écouter les témoignages précieux de trois personnalités venues raconter leurs expériences en Syrie, au Niger ou en Corée. La cérémonie a été présidée par Monseigneur Turini qui a accueilli les équipes de l’AED et les trois témoins avec humilité et bienveillance dans son mot d’accueil.

« L’AED intervient dans 150 pays dans le monde. Ce soir nous vous invitons à venir en Syrie, en Afrique au Niger ou encore en Asie en zone frontalière entre sud et nord où la condition des chrétiens y particulièrement sensible. Pourquoi célébrer aujourd’hui les martyrs de notre temps ? Parce que le Pape nous le demande dans ses intentions de prière, et parce qu’il y en a encore aujourd’hui tout simplement. Et parmi eux le Père Jacques Hamel, proche de nous, assassiné en juillet et à qui cette neuvième édition est dédiée. Et puis cette formidable communion, cet élan de foi que vous témoignez en étant présents ce soir, c’est le meilleur antidote contre le coma spirituel qui touche la société actuelle », a introduit Marc Fromager directeur de l’AED pour la France, avant de laisser la place à la prière et aux processions des martyrologes. De nombreux prêtres du diocèse ont ainsi déposé des cierges et bougies au pied de l’Autel, devant les portraits des religieux morts pour le Christ.

Puis le Père Jacques Mourad prêtre catholique en Syrie, Mère Marie-Catherine Kingbo supérieure de congrégation au Niger et le Père Philippe Blot missionnaire en Corée, ont tour à tour décrit leur quotidien et ce qu’ils vivent au sein des communautés persécutées, bien souvent au péril de leur vie. Des témoignages poignants, puissants. Des situations critiques et des vies brisées. Des persécutions de masse et des tueries pour des convictions d’une minorité silencieuse qui dérange. Mais toujours cette même foi qui les guide et cet amour du Christ qui les porte.

« J’ai été enlevé et retenu durant 143 jours dans la région de Raqqa en Syrie, par un groupe armé de l’état islamique. Pendant 85 jours je n’avais pour seul horizon que le décor d’une salle de bain et tous les jours cette même menace qui pesait sur ma tête : Sois tu te convertis, sois on te décapite assénaient mes geôliers », explique le Père Mourad. Malgré cela, il n’a pas renié sa foi et a réussi à s’échapper en scooter « aidé par mes amis, mes frères musulmans. En Syrie, nous chrétiens sommes pourchassés et massacrés parce que nous voulons vivre notre foi. Nous voulons vivre comme tout le monde, en paix. »

De son côté, Mère marie Catherine Kingbo agit dans la seule congrégation catholique du Niger, dans un pays à immense majorité musulmane et tente à sa mesure de « faire bouger les choses, reculer les mariages forcés et les grossesses précoces. », témoigne-t-elle.

Enfin le père Philippe Blot, le prêtre missionnaire en Corée du sud, qui met sa mission et sa vie au service des réfugiés de Corée du Nord, persécutés par le régime de Pyongyang. Il décrit une situation « dramatique. Un pays où les réfugiés racontent qu’ils ont dû soudoyer des policiers ou des agents du régime pour obtenir des produits de première nécessité. Une population ignorante du monde extérieur depuis qu’elle est enfant, soumise à une propagande délirante et au culte du dieu dictateur. Cent à deux cents mille personnes sont aujourd’hui enfermées dans des camps de concentration dits de rééducation pour avoir désobéi au pouvoir. Les plus soumis à la répression des gardiens sont les chrétiens. Ils font l’objet d’un traitement cruel : on les crucifie, on les pend, on les noie, ils sont brûlés vifs… Pour les dirigeants de Corée du nord, toute religion doit être bannie. 

On pense que depuis 1995, au moins 5 000 chrétiens ont été exécutés parce qu’ils priaient secrètement. »        

Alors avec de telles descriptions, un tel acharnement contre la foi, comment ne pas prier, comment ne pas intercéder au moins par la pensée et le cœur en faveur de ces populations en souffrance un peu partout dans le monde. C’est le souhait qu’a formulé Mgr Turini, pour conclure cette soirée chargée d’émotions, ce moment de grâce qui a fait écho à l’universalité du message porté par le Christ et un appel à aimer, tout simplement.