Journées du Patrimoine : visite commentée du retable de St-Assiscle

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Dans le cadre des journées européennes du patrimoine 2018, les 15 et 16 septembre prochain, le diocèse de Perpignan Elne vous ropose une re découverte du retable de l'église de Saint Assiscle, oeuvre moderne réalisée par l'artiste Jacquie Barral en 1986. Une visite est organisée le dimanche 16 septembre à 16 heures dans l'église et sera nimée par le père Joseph Marty, curé de la paroisse au moment de la réalisation de l'oeuvre, en présence de Mme Barral. 

 

HISTORIQUE DE L'OEUVRE :

Un rencontre inopinée lors d’un stage du Service Educatif du musée Hyacinthe Rigaud.

Stage organisé par Jacquie Barral,  Danièle Pagès, Marie-Thérèse Pralus et Marie-Claude Valaison, à l’intention des professeurs d’histoire et de lettres de l’Académie de Montpellier en 1983.

 Jacquie Barral, professeur agrégée d’Arts Plastiques au lycée de Céret travaille à sa thèse (doctorat de 3ème cycle, en Sorbonne) sur le thème du Sacré dans l’Art. Elle a besoin d’illustrer sa thèse par une réalisation concrète  et cherche une église où elle pourrait créer un retable avec la technique de la peinture à l’huile, en référence à ces magnifiques réalisations de la Catalogne du Moyen Age au milieu du XVIII ème siècle. Ses recherches s’orientent, à ce moment-là, vers des chapelles rurales, catalanes,  lozériennes ou aveyronnaises qui lui sont familières. Une expérience de ce type ayant été faite avec succès, par M. Gabriel Mute, Agrégé d’Histoire, qui fut un temps berger en Lozère, avant de prendre un poste et de terminer sa carrière comme Inspecteur Général de l’Education Nationale. Il  suivait alors avec attention, à la fois le Service Educatif du Musée Rigaud, et les travaux de J. Barral.

Pendant le déroulement du stage, le Père Joseph Marty passe au musée, pour parler avec M.-C. Valaison du sort d’un vieux retable entreposé dans la chapelle de la Miséricorde, dont il se demande s’il ne pourrait pas le faire transporter à l’Eglise Saint-Assiscle pour enrichir son mobilier cultuel. Le hasard a fait que M.-C. Valaison  était allée voir ce retable quelques jours plus tôt, et que son état était catastrophique.

Une idée un peu folle germe : pourquoi ne pas faire appel à une artiste contemporaine et justement, il y en a une en ce moment au musée….

LA REALISATION

Précisons tout d’abord que Jacquie Barral avait fait de la gravure à Céret, et avait ainsi réalisé une série d’eaux fortes  (il s’agit d’une technique de gravure) « Planches pour un livre de Messe » ce qui lui avait permis de renouer avec l’iconographie religieuse.

Jacquie Barral et le Père Joseph Marty ont souhaité que cette réalisation soit faite avec la communauté paroissiale très active de Saint-Assiscle, et le conseil paroissial qui deviennent (avec les prêtres de la paroisse, J. Marty et J. Rossini), les partenaires privilégiés de l’artiste. Des rencontres ont lieu, de 1983 à 1988,  qui permettent à chacun de s’exprimer sur le choix de la thématique, sur sa pertinence dans cette paroisse, sur la façon de la traiter. L’expression symbolique et non narrative est retenue. Jacquie Barral soumet régulièrement ses dessins à cette assemblée élargie à la communauté paroissiale.  Des critiques émergent qui vont guider sa facture ; elle s’explique également sur ses choix plastiques et peut croiser sa démarche d’artiste avec la pratique même de leur Foi.   Tout cela prend des mois.

Il faut saluer également combien Monseigneur Chabbert, Evêque du diocèse d’Elne-Perpignan, a suivi avec attention ce projet auquel il a apporté un soutien sans faille.

Une fois la maquette acceptée par tous  il fallait passer à la réalisation proprement dite. Jacquie Barral faisait cadeau de son travail. Faire un retable de 8 panneaux de bois, implique une charge financière importante. Le maire de Perpignan, Paul Alduy et l’adjoint aux Beaux-Arts le Dr Bernard Nicolau, ont permis que la Ville fournisse les matériaux nécessaires à sa réalisation. L’Association des Amis du Musée Rigaud, présidée par Georges Belzeaux, a également choisi de participer à cette création par l’achat de petites fournitures.

Avant sa mise en place définitive dans l’église, Monseigneur Chabbert a souhaité que ce retable puisse être présenté à un grand nombre de fidèles : il a donc été installé pendant plusieurs jours, dans la magnifique salle capitulaire de la cathédrale Saint-Jean où l’évêque l’a béni, tandis que la présentation des dessins préparatoires était inaugurée par le Maire de Perpignan, au musée Hyacinthe Rigaud.

LES SUITES DE CETTE REALISATION

Ce projet avait été suivi avec la plus vive attention par Dominique Ponnau, alors Directeur des Musées de Province à la Direction des Musées de France (DMF). M.-C. Valaison à chacun de ses passages à la DMF rencontrait D. Ponnau et le tenait informé de l’avancement de cette « aventure ». Plus tard, à l’occasion d’un colloque à l’abbaye de Fontevraud, D. Ponnau fera une communication sur cette réalisation, communication publiée dans les actes du colloque : il venait alors d’être nommé Directeur de  l’Ecole du Louvre.

De son côté, Jacquie Barral a eu l’occasion de parler de cette expérience à ses étudiants en Arts et Sciences de l’Art de l’Université de Saint-Etienne. Cette réalisation lui a  permis de se poser maintes questions sur la peinture et le dessin sur la représentation et les questions historiques, esthétiques, mais aussi métaphysiques, car, pour elle, la représentation est liée au divin ou du moins aux fragments de divin qui nous habitent.

Dans l’église elle-même, des cartes postales ont été réalisées, ainsi que des panneaux explicatifs.

La communauté paroissiale a changé, le retable n’a plus été compris, et a fait l’objet de critiques. Il a fallu le recouvrir d’un rideau….

Il est temps de redécouvrir ce retable, et la démarche très novatrice qui a permis sa réalisation. Son esthétique peut surprendre et les paroissiens ont parfaitement le droit de ne pas l’aimer. Mais savent-ils vraiment combien cette réalisation a été importante dans le cadre d’une réflexion plus globale sur le Sacré dans l’Art contemporain ?

QUE REPRESENTE CE RETABLE ?

Il s’agit de 8 panneaux qui se lisent de droite à gauche - (indications fournies par le Père Joseph  Marty)

Panneaux 1 et 2 ; panneaux jumelés représentant l’Adoration des Mages 

Deux piques tiennent la toile de tente figurant la crèche. L’enfant Jésus est coiffé du bonnet de fou : évocation de celui qui pendant la Passion  sera tourné en dérision et méprisé comme un fou.

Panneau 3. La Visitation.

Marie et Elisabeth sont enceintes, leur ventre évoque l’œuf et leurs paroles sont des taches de couleurs.

Panneaux centraux : panneaux 4 et 5

Panneau horizontal : Le Gisant. Le tombeau est entr’ouvert : la chrysalide va se transformer en papillon pour permettre la Résurrection (panneau central, vertical). Pas de corps stylisé, Jésus  en train de ressusciter ne peut être représenté. La cuirasse vide est abandonnée, mais le vent fait ondoyer des rubans. Les piques de la tente de la crèche sont là : bâtons de Gloire, bâtons de marche pour l’exode de Pâques, houlettes du Pasteur.

Panneau 6 : L’Annonciation

Marie à droite, se retourne vers l’Ange Gabriel qui est derrière elle.

Panneaux 7 et 8 (panneaux jumelés).

Panneau 7 : Marie-Madeleine est tournée vers la droite. L’apôtre Jean est tourné vers Marie

Panneau 8 : La Mère des Douleurs est assise, derrière elle les piques sont brisées : la tente a été détruite.  

 

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